Accompagnement de la transidentité, relations avec les directions et les syndicats : brèves d’assemblée générale

16 February 2019 / By EnerGay

Le 9 février dernier, EnerGay a tenu son assemblée générale annuelle. Accompagnement des salarié·es discriminé·es, notamment transgenres, dans leur collectif de travail, relations avec les organisations syndicales… Tour d’horizon des dossiers en cours et rencontre avec les nouveaux adhérents.

Article initialement publié sur : journal.ccas.fr
Textes : Tiffany Princep / Photos : Mathieu Delmestre

Depuis plusieurs années, EnerGay travaille avec les directions du groupe EDF sur l’inclusion des salarié·es homosexuel·les et trans (c’est-à-dire dont l’expression de genre, féminine ou masculine, ne correspond pas au genre assigné à la naissance) dans les collectifs de travail. Actions de sensibilisation, édition de deux guides à destination des managers et des ressources humaines d’EDF pour comprendre l’orientation sexuelle et l’identité de genre, accompagnement de salarié·es discriminé·es… les outils mis en place sont nombreux, et la problématique est vitale pour les salarié·es concerné·es.

En effet, lorsqu’une personne transgenre commence, du fait de sa transition, d’apparaître dans son environnement social avec des attributs de genre différents de ceux qu’elle manifestait précédemment (pronom – “il” ou “elle” – différent, apparence physique et vestimentaire, voix…), elle court le risque de subir des moqueries et des discriminations, notamment lors de démarches administratives faisant mention de son état civil de naissance.

L’objectif de l’association est de favoriser, avec les directions d’EDF, l’accompagnement de ces situations dans les collectifs de travail, notamment par l’adaptation des outils informatiques et administratifs au genre de la personne en transition (civilité, prénom, pronom…), sans attendre un changement officiel de prénom et/ou d’état civil.

EnerGay souhaite également accompagner les Activités Sociales pour bien mesurer l’enjeu d’adapter ses outils administratifs afin de favoriser les changements nécessaires dans l’attente de changement de prénom et état civil pour les bénéficiaires en transition.


Samuel Pyl-Tillet. ©Mathieu Delmestre

Samuel Pyl-Tillet, agent Enedis et ancien président d’EnerGay, pilote le groupe de travail sur la transidentité de l’association, qui accompagne les salari·ées en transition, leur manager et leur équipe au sein de l’entreprise.

“Il faut qu’à l’interne, les équipes et les ressources humaines perçoivent et reconnaissent la personne selon l’identité de genre qui est la sienne, afin que sa transition se passe au mieux. Il y a une volonté du groupe EDF de s’adapter au mieux selon chaque situation.

Par contre, EnerGay veut aller encore plus loin, même si la loi n’oblige pas les employeurs. L’idée serait de favoriser une sorte de “passerelle invisible” entre les informations internes concernant la personne (en lien avec son genre souhaité) et les différentes obligations de l’employeur vis à vis de l’externe (santé, retraite, salaire…). Mais lorsqu’une entreprise, avant de s’engager, regarde si elle est ou non en retard par rapport aux autres entreprises sur ces questions… c’est une forme de résistance passive.”



Eddy Fatmi. ©Mathieu Delmestre

Eddy Fatmi est administrateur de la CMCAS Gironde et administrateur d’EnerGay. Il plaide pour que chaque bénéficiaire en transition puisse se déclarer aux Activités Sociales et de santé sans qu’il soit nécessaire d’attendre un changement d’état civil.

“En tant que président de la commission Proximité-Réseaux solidaires, je sais que la relation avec les bénéficiaires se doit de porter nos valeurs : solidarité, dignité et justice. L’accompagnement d’une transition de genre est en plein dedans : la procédure de transition peut prendre plusieurs années et, qui plus est, chaque transition est unique et tout le monde n’obtient pas, ni ne souhaite obtenir, un changement d’état civil.

Or quand une personne arrive sur un centre de vacances, en SLVie ou en CMCAS, avec une expression de genre différente de celle indiquée sur ses papiers, cela peut poser problème. Tout·e bénéficiaire a le droit d’être bien accueilli·e. dans nos Activités Sociales. Notre vœu, adopté à l’unanimité, n’a pas été retenu par le Comité de Coordination des CMCAS ; mais nous le reformuleront de nouveau, pour éveiller les consciences sur le sujet. La CCAS et les CMCAS ont été précurseurs sur la reconnaissance de toutes les unions, alors on ne doute pas qu’avec de la pédagogie, cette adaptation sera possible.”



Virginie Cazier. ©Mathieu Delmestre

Virginie Cazier est opératrice logistique sur plateforme Serval d’Enedis et GRDF de Bordeaux. Elle est ancienne administratrice de l’association.

“Il est nécessaire de former les organisations syndicales aux problématiques du genre, de l’orientation sexuelle et de l’identité de genre. Il y a des choses qu’on ne perçoit pas, soit parce qu’on n’est pas curieux, soit parce que tout simplement on est hétérosexuel.

On peut ne pas percevoir une discrimination, ou au contraire prendre pour une discrimination ce qui au sens du droit du travail n’en est pas une. Ce n’est pas inné ! Et on se forme bien au droit du travail en tant qu’élu…”



Guillaume Kugler. ©Mathieu Delmestre

Guillaume Kugler, 33 ans, a découvert EnerGay au Festival d’Énergies. Agent EDF depuis 2007, actuellement gestionnaire grands clients à EDF Commerce de Lyon, Guillaume est également bénévole à SOS Homophobie.

“Dans le dernier rapport de SOS Homophobie, on voit qu’il existe autant d’homophobie dans l’espace public que sur le lieu de travail. Vu l’effectif des groupes Engie et EDF, qui sont un bel échantillon de la société française, on peut sensibiliser beaucoup de personnes à ces problématiques.




Philippe Lowinski. ©Mathieu Delmestre

Philippe Lowinski, agent Enedis, a reçu le prix du livre Enedis 2018 pour “Sangs-Mêlés”. Agent depuis 1987, il travaille actuellement à la cellule de pilotage automatique de Savigny-le-Temple (Seine-et-Marne), et vient d’adhérer à EnerGay.

“Depuis 1995 et ma dépression nerveuse, j’écris. “La vie lui a été infligée”, la première phrase de “Sangs-Mêlés”, ont été mes premiers mots. Mes romans mêlent fiction et éléments très personnels. “Chronique d’un suicide annoncé”, mon précédent roman (grand prix GRDF 2015), est autobiographique.

Mes premiers lecteurs étaient mes collègues. Les sujets très personnels que j’évoque – le suicide, la dépression, la relation avec ma mère – ont pu en mettre certains mal à l’aise… Mais j’en ai toujours parlé aussi brutalement. Être édité grâce au prix Enedis me permettra de sortir de l’anonymat. Je n’ai jamais été au placard : mes romans ne le seront pas non plus.

J’ai adhéré à EnerGay car, me sentant privilégié dans ma famille et sur mon lieu de travail, je me demandais depuis très longtemps comment je pouvais être utile à ceux qui ne bénéficient pas de ce même “confort” au quotidien. EnerGay fut une évidence !”


“Sangs-Mêlés”, 2017, 382 p., 11 euros
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